Non classéLe mur de l’école

Le mur de l’école

À un moment, je suis tombé sur une phrase écrite sur le mur d’une école à Nianing ou Warang :
« La discipline, c’est savoir où on va et ne jamais l’oublier. »

Je ne me souviens plus exactement quand je l’ai lue. Mais elle est restée.

En parallèle, je lisais L’Usage du monde. Je suis tombé sur cette phrase :
« Si je n’étais pas parvenu à écrire grand-chose, c’est qu’être heureux me prenait tout mon temps. D’ailleurs nous ne sommes pas juges du temps perdu. »

Elle m’a arrêté.

Je passe beaucoup de temps à réfléchir. À ne rien faire. À lire. À aller nager dans la mer.
Je travaille peu d’heures. L’intelligence artificielle m’a offert un levier inattendu. Je produis plus vite, avec moins d’effort. Il m’arrive de regarder mes journées et de me demander si je ne suis pas devenu fainéant. Puis, à d’autres moments, je me dis que je suis simplement trop exigeant avec moi-même.

La phrase sur le mur et celle du livre se sont rejointes.

Un bruit en moins

Il y a quelques mois, j’ai arrêté de boire de l’alcool.
Je ne l’ai pas vécu comme une décision héroïque. Plutôt comme une nécessité tranquille.

Avant, je sortais. Je faisais la fête. Je traînais tard. Charles en riait, mais il me disait aussi que tout cela n’était que distraction. Il me rappelait que j’avais des choses à construire. Que je ne devais pas passer à côté.

Je ne l’écoutais pas toujours.

Aujourd’hui, j’ai la sensation d’avoir la tête plus claire. Les choses s’enchaînent. L’application d’échafaudage est terminée. Le statut d’e-résident estonien est en place. Le lien avec le Sénégal s’est structuré. Juste une suite logique.

Comme si les pièces d’un puzzle trouvaient leur place. Comme si la cathédrale, tout à coup, s’illuminait.

Je ne crois pas avoir ajouté quelque chose à ma vie. J’ai retiré un bruit.

Et pourtant, parfois, une voix revient.

Elle me dit que je pourrais faire plus.
Optimiser davantage.
Travailler plus d’heures.
Accélérer.

Quand je lis, quand je nage, quand je reste à réfléchir, je me demande si je ne me cache pas derrière une forme confortable de liberté.

Puis je repense à la phrase du livre.
Être heureux prend tout le temps.

Il y a des journées où je ne produis presque rien de visible. Mais je sens que quelque chose s’épaissit. Une continuité. Une cohérence. Moins d’hésitations, moins de dispersion.

Avant, mes élans et mes projets semblaient parfois s’opposer. Aujourd’hui, ils se prolongent.

Je ne sais pas où j’en serais si j’avais continué à boire, à sortir, à fragmenter mes nuits.
Je ne sais pas si je serais ici, lié à ce pays, avec ces projets aboutis.

Je sais seulement que tout paraît moins incertain.

La discipline, si je reprends la phrase du mur, n’est pas une rigidité.
C’est une mémoire.

Savoir où l’on va.
Ne pas l’oublier.

Je ne travaille pas davantage.
Je ne cours pas plus vite.
Je ne remplis pas mes journées.

Mais j’ai l’impression de m’éloigner moins souvent de moi-même.

Et peut-être que ce n’est pas une question de quantité de choses faites.
Peut-être que c’est simplement la sensation que, cette fois, les pièces ne se contredisent plus.

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