La maison blanche
On m’a demandé ce que représente Palmarin pour moi.
Pas ce que c’est.
Ce que ça représente.
Je pourrais répondre simplement : un village, une maison, un projet.
Mais ce n’est pas cela que je cherche.
À Palmarin, je marche sur la plage au moment où la lumière change après le coucher du soleil.
J’entends les pirogues.
Je respire.
Il m’est arrivé de penser que je ne voulais pas mourir parce que je voulais encore vivre des moments comme celui-là.
Ce ne sont pas des idées.
Ce ne sont pas des ambitions.
Ce sont des instants.
Rien n’est réglé pour autant.
Les mails d’avocat arrivent aussi là-bas.
Les problèmes juridiques, administratifs, financiers ne s’arrêtent pas à une frontière.
Mais au milieu de cela, il y a ces moments où je ne suis plus seulement en train de gérer.
Je ne prépare rien.
Je ne projette rien.
Je suis là.
Et parfois, cela suffit.
La maison blanche
La maison blanche n’est pas qu’un bien immobilier.
On me parle souvent de chance.
Je pense plutôt au coût.
Je sais ce que j’ai quitté.
Je sais ce que je ne veux plus : la vie de bureau 8h–17h, le retour à un rythme qui ne me correspond plus.
La maison est la trace visible de cette décision.
Elle n’est pas un refuge confortable.
Elle est le résultat d’un choix.
Elle rend possible une manière d’être.
Elle permet d’accueillir mes enfants, des voyageurs, peut-être quelqu’un d’autre un jour.
Elle matérialise quelque chose que je ne voulais plus garder abstrait.
Ici et là-bas
Je ne dis pas que la Belgique est invivable.
Je dis que l’expérience y est différente.
Là-bas, je suis souvent pris dans la vitesse, les normes, les échéances.
Ici, le rythme est autre.
La marche, la lumière, le corps ont plus de place.
Ce contraste m’aide à voir plus clair.
Sans lui, mon discours sur la liberté resterait peut-être théorique.
Et pourtant, Palmarin ne supprime rien.
Il ne gomme ni les obligations ni les tensions.
Il les rend simplement habitables.
L’épaisseur
Un jour, on m’a demandé ce que j’entendais par “épaisseur de l’existence”.
Je crois que c’est cela.
Quand un instant n’est pas seulement un passage vers le suivant.
Quand je ne suis pas uniquement en train d’anticiper.
Quand je ne survole pas ma propre vie.
Marcher.
Respirer.
Entendre les pirogues.
Sentir que je ne voudrais pas que cela s’arrête.
Ce n’est pas spectaculaire.
Ce n’est pas héroïque.
Ce n’est même pas permanent.
Mais c’est dense.
Alors je me demande parfois :
si Palmarin disparaissait, est-ce que cette densité disparaîtrait avec lui ?
Ou est-ce que ce lieu ne fait que révéler quelque chose que je porte déjà, et que j’essaie encore d’apprendre à habiter.
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