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Garnir à nouveau

Il y a cette phrase lue un jour :
« La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir. »

Je ne l’avais pas prise au sérieux tout de suite. Elle me semblait juste belle. Bien tournée.

Aujourd’hui, elle résonne autrement.

Pendant un an et demi, j’ai vécu en camping-car. C’était un choix. Une réduction volontaire. Moins d’espace. Moins d’objets. Moins de certitudes. J’ai enlevé beaucoup de choses. Des structures professionnelles, un cadre fiscal, des repères installés depuis longtemps.

Mais il n’y a pas eu que cela.

Il y a eu les décès.
Ma mère.
Laurent.
Charles, dont la rencontre m’a profondément marqué.
Puis le divorce.

À un moment, on ne parle plus de simplification. On parle d’arrachement.


L’année nue

Cette période aurait pu m’emmener ailleurs. Je le sais.

Après un tel décapage, on peut se perdre. On peut anesthésier. On peut dériver sans direction.

Il y a six mois, j’ai arrêté l’alcool. Ce n’était pas une résolution spectaculaire. Plutôt une décision simple : garder la tête sur les épaules. Ne pas sombrer.

Je crois que cela a tout changé.

Non pas en me rendant meilleur. Mais en me laissant lucide. Stable.


Revenir à la construction

Aujourd’hui, je ne suis plus dans la purge.

Je construis. J’installe. Je choisis ce que je remets en place. Un lieu. Des projets. Une manière de vivre.

Ce n’est pas pour honorer les morts. Ce n’est pas pour réparer. C’est indépendant.

Simplement, je n’ai plus besoin de me défaire. J’ai déjà été défait.

Je me sens plus stable qu’avant. Plus calme. Il y a une paix intérieure que je ne connaissais pas. J’ai moins peur de ce qui pourrait arriver. Moins besoin de contrôler. Moins d’angoisse diffuse.

Par moments, j’ai l’impression de devenir quelqu’un de plus sage. Pas parce que je saurais plus de choses. Plutôt parce que certaines inquiétudes ont perdu leur emprise.

Je sais maintenant que tout peut tomber.
Et je sais que je peux continuer malgré cela.


Sans urgence

Ce qui m’étonne le plus, c’est l’absence d’urgence.

Avant, il fallait réussir, sécuriser, anticiper.
Aujourd’hui, je construis sans agitation.

Je ne cherche plus l’intensité. Je ne cherche plus à prouver ma liberté. J’essaie seulement d’habiter ce que je mets en place.

Peut-être que la paix ne vient pas du fait de comprendre davantage.
Peut-être qu’elle vient du fait d’accepter que certaines choses échappent.

Je continue à garnir.
Sans certitude.
Mais sans fuite non plus.

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