Folklore

Je regarde passer des vidéos du carnaval de Binche sur Facebook.
Les Gilles défilent, fiers avec leurs chapeaux à plumes. Les spectateurs les admirent.

Je joue du tambour dans les marches folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse. J’y suis tombé quand j’étais petit. Je n’ai pas vraiment choisi. C’était là. J’y ai grandi.

Aujourd’hui, quelque chose s’est déplacé.
Ça ne me convient plus.

Tout me paraît figé. Les règles sont strictes. Les débats reviennent toujours aux mêmes endroits. Certains essaient de faire bouger les choses. D’autres se dressent en défenseurs de la tradition, mais cette tradition change selon celui qui la définit.

Le rôle des femmes cristallise tout.

J’ai été membre du comité de la marche de mon village. Nous avions décidé que les femmes pouvaient marcher au même titre que les hommes, sans places limitées. Cela nous semblait cohérent avec l’évolution de la société, et avec l’idée d’un folklore vivant.

La décision a dérangé.

On a parlé de pantalons, de fusils, d’armée napoléonienne. On a invoqué un passé qui, en réalité, n’a rien à voir avec ce que nous faisons. Il ne s’agit pas de reconstitution. Il s’agit d’escorter une procession.

Ce qui m’a frappé, c’est l’incohérence.
Une femme en pantalon avec un fusil choque.
Une femme en uniforme dans une fanfare ne choque pas.

Puis il y a eu ces groupements de femmes qui ont fait pression pour pouvoir marcher, et qui, une fois la revendication acceptée, ont exigé un peloton strictement féminin, en jupe.

Je me suis retrouvé au milieu de ces positions qui se contredisent, chacune convaincue d’incarner la légitimité.

Je crois que c’est cela qui m’a fatigué.

Le côté communautaire aussi.
Je préfère la solitude. Ou en tout cas, je ne me reconnais plus dans ces schémas tout faits.

Et puis il y a l’alcool. Il coule à flot. Presque tout le monde est ivre. Moi, ça fait six mois que je ne bois plus. Je me tiens à distance de cette ivresse collective. Cela change forcément le regard.

Quand je vois les Gilles, je ne ressens pas de colère.
Plutôt un écart.

Je ne dis pas que c’est absurde.
Je ne dis pas que c’est mal.
Je constate simplement que ce monde ne m’attire plus.

Peut-être que je continuerai dans mon village.
Et peut-être pas.

Je me demande parfois si je me détache d’une tradition,
ou de la version de moi qui y appartenait.

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