Deux conversations différentes
Ces derniers temps, je parle avec des femmes rencontrées sur des applications.
Avec Florence, qui vit à Bruxelles et qui est psychologue.
Avec Sofia, qui habite à Gerpinnes, tout près de chez moi, et qui ne parle pas bien français.
Ce ne sont pas les mêmes échanges.
Avec Sofia, par écrit, nous pouvons aller loin. Les discussions deviennent profondes. Les mots circulent. À l’oral, en revanche, tout se complique. La langue résiste. Les phrases se heurtent.
Quand je l’ai vue, j’ai senti une attirance physique évidente. Quelque chose de simple, immédiat.
Avec Florence, c’est différent. C’est une très belle femme. Elle semble vouloir montrer une certaine profondeur. Je ne suis pas sûr qu’elle soit réellement là. J’ai plutôt l’impression que mes réponses peuvent l’impressionner. Ou en tout cas la séduire.
Et c’est là que la question apparaît.
L’effet que je produis
Quand je parle avec Florence, je me surprends à observer l’effet que mes mots ont sur elle.
Ce n’est pas tant ce qu’elle dit qui m’intéresse, mais ce que je déclenche.
Je vois bien ce mécanisme. Je le formule presque avec gêne.
Est-ce que je cherche une femme qui serait en admiration devant mes réponses ?
La question me dérange un peu. Elle manque d’humilité. Mais elle est là.
Être impressionnant donne une forme de confort. On maîtrise le terrain. On garde la position haute. On se sent solide.
Là où ça résiste
Avec Sofia, ce confort disparaît en partie.
La langue limite. Je ne peux pas m’appuyer sur la précision des mots. Je dois simplifier. Chercher d’autres chemins.
Par écrit, la profondeur est possible. À l’oral, je perds mes repères habituels.
Je ne peux pas jouer sur la même aisance.
Il reste l’attirance physique. Et cette sensation que, malgré les limites, quelque chose circule.
Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas parfaitement fluide.
Mais ce n’est pas sous contrôle non plus.
Ce que je cherche
Au fond, ma question est simple.
Est-ce que je veux être admiré ?
Ou est-ce que je veux un échange d’égal à égal ?
L’admiration rassure. Elle confirme.
L’égalité expose davantage. Elle suppose que l’autre puisse me tenir tête, me déplacer, ne pas être impressionné.
Je me regarde formuler cette alternative.
Je vois que je ne suis pas totalement dupe de mon propre désir.
Peut-être que les deux mouvements coexistent.
Peut-être que je ne sais pas encore lequel je privilégie.
Je parle avec l’une. Je parle avec l’autre.
Et au milieu de ces conversations, je m’interroge moins sur elles que sur moi.
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