Non classéParler à demi

Parler à demi

J’aime la solitude choisie.

Le mot important n’est pas solitude. C’est choisie.
Il m’a fallu du temps pour y arriver. Pour transformer ce qui ressemblait à une absence en espace. Pour ne plus vivre seul par défaut, mais par décision.

Et puis il y a Sophia.

Depuis quelques jours, quelques semaines, quelque chose s’est rapproché. Une présence. Une curiosité. Un trouble léger. Rien de spectaculaire. Mais suffisamment pour déplacer l’équilibre.

Je me suis demandé si l’amour naissant et la solitude choisie pouvaient cohabiter.
Ou si l’un finissait toujours par rogner l’autre.

Au fond, ma question n’était pas exactement celle-là.

Ce qui m’inquiète, c’est plus précis.
C’est la langue.

Elle est ukrainienne. Elle parle français, mais pas très bien.
Et j’ai peur que nous ne nous comprenions pas.

Cela peut paraître banal. Presque technique.
Mais pour moi, la parole n’est pas un simple outil.

Je vis beaucoup dans les mots. J’écris. Je clarifie en écrivant. Je cherche la précision. J’ai besoin de nuances. J’aime aller au fond des choses, les retourner, les examiner sous plusieurs angles. Une relation sans profondeur verbale m’effraie plus qu’une relation compliquée.

Je ne crains pas les fautes.
Je crains la surface.

Je crains que certaines zones restent inaccessibles.
Que ce qui compte vraiment ne puisse pas se dire.

Je me rends compte que ma solitude actuelle repose en partie sur cette maîtrise intérieure du langage. Je pense seul. Je formule seul. Je me tiens dans cet espace-là.

À deux, il faut accepter autre chose.
Un rythme différent. Des malentendus possibles. Des silences qui ne sont pas choisis mais imposés par les limites des mots.

Est-ce que j’ai peur de perdre mon espace ?
Ou d’avoir besoin d’elle ?

Je ne sais pas.

Quand nous échangeons par écrit, je sens une profondeur possible. Quelque chose circule. Mais à l’oral, tout est plus fragile. Plus lent. Moins précis.

Je me demande si je cherche une fluidité parfaite.
Ou si je pourrais accepter une relation imparfaite mais réelle.

Je ne veux pas me dissoudre.
Je ne veux pas me protéger derrière la solitude non plus.

Alors je reste là, dans cet entre-deux.

Entre le confort d’un espace maîtrisé
et le risque d’une parole qui trébuche.

Je ne sais pas encore si ce qui naît est compatible avec ce que j’ai construit.
Je sais seulement que la question me travaille davantage que la réponse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

aa
Follow us