Non classéLa lumière d’après

La lumière d’après

Je suis allé souper chez Robert et Élisabeth ce soir.

J’y suis allé par la plage. Le soleil se couchait. Puis il n’était plus là. Il restait cette luminosité particulière, difficile à nommer, ni jour ni nuit.

J’ai croisé quelques personnes. Des pêcheurs sur leur pirogue m’ont dépassé. Je venais de faire du sport. Baignade. Douche. Mon corps était calme, encore traversé par l’effort.

Je me sentais vraiment bien.

Rien d’exceptionnel pourtant. Pas d’événement. Pas d’annonce. Juste une marche vers un repas.

Et au milieu de cette marche, une pensée simple est venue : je ne voulais pas mourir.


Ce n’était pas une peur.

Je ne pensais pas à tout ce qu’il me resterait à accomplir. Je ne faisais pas l’inventaire des projets en cours. Je ne me disais pas que j’avais encore des choses à prouver ou à terminer.

Je voulais encore des moments comme celui-là.

C’était bien. C’est tout.


Pourtant la journée n’avait pas été lisse.

Le matin, un message agressif. Ensuite des échanges avec mon avocat. Le conflit ne s’est pas arrêté parce que je marchais sur la plage. Les procédures, les tensions, les mots écrits continuent d’exister. Ils traversent les frontières. Ils arrivent par courrier, par message, par email.

Ils étaient là aussi aujourd’hui.

Et malgré cela, en marchant, quelque chose ne pesait plus au centre.

Les problèmes n’avaient pas disparu. Ils s’étaient déplacés. Ils n’occupaient plus toute la place.


Je crois que ce qui m’a frappé, c’est l’ajustement.

Le corps après l’effort.
La lumière après le soleil.
La marche sans urgence.
Une destination simple : un repas chez des proches.

Tout tenait ensemble sans forcer.

Je n’étais pas en train de fuir quoi que ce soit. Je n’étais pas en train de me convaincre que tout allait bien. Je marchais, et cela suffisait.


Je me demande si cette sensation existe ailleurs pour moi. En Belgique, par exemple.

Mais la question n’est peut-être pas géographique.

Les tensions me suivent ici. Elles ne restent pas de l’autre côté. Ce n’est donc pas un territoire protégé.

Alors qu’est-ce qui fait la différence ?

Peut-être la facilité avec laquelle, à certains moments, le corps reprend la première place. La marche. L’air. La lumière. La fatigue saine. Le fait d’aller vers quelqu’un sans autre enjeu que d’être là.

Ce soir-là, je ne voulais pas vivre plus longtemps en général.

Je voulais encore cette densité-là. Encore cette simplicité-là.

Je voulais que cela puisse revenir.

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